Le nombril du monde

Voici une bonne semaine que nous sommes dans la région de Cusco, ou Qosq’o (“Nombril du Monde”) en Queshua, centre de l’Empire Inca.

Cusco

La ville a été complêtement remodelée par les conquistadores espagnols, mais sur les fondations de la cité inca. Ainsi, on peut voir partout les immenses blocs de pierre aux multiples angles prisés dans l’architecture inca, qui servent de bases aux maisons, églises baroques et cathédrale (construite avec les pierre de l’ancienne “cité du soleil”, aujourd’hui ruines proches de Sacsayhuamán). Etant arrivés pour le 1er jour du printemps, on a pu assister dans ces ruines à la reconstitution d’une cérémonie inca de passage à l’âge adulte des jeunes nobles. Mêlant musique, rites chamaniques et épreuves de force, d´équilibre et d’agilité, la cérémonie (dont la reconstitution dure trois heures -quand même!) permettaient aux lauréats de porter les couleurs de l’empire et d’accéder à des fonctions officielles.

Sacsayhuaman

Il y a ici une forte volonté de conserver la culture inca: centre d’arts traditionnels (on a pû y voir une représentation de danses en costumes.. un peu amateur, mais intéressant quand même), enseignement obligatoire du queshua à l’école, rues rebaptisées de noms queshuas ces dernières années, etc.
Il n’en reste pas moins un très fort patriotisme. Tous les dimanches matins a lieu la levée du drapeau sur la place des armes (comme dans toutes les villes du pays), avec fanfare militaire et défilé de différentes institutions, écoles, associations locales… Fait surprenant (pour nous), participent à la levée du drapeau des représentants des corps militaires, politiques.. et religieux (oui, l’archevèque a levé le drapeau… inca!). En effet, deux drapeaux sont à l’honneur ici: le drapeau péruvien et celui arc-en-ciel de l’empire inca.

drapeaux

Si Cusco était le centre administratif de l’empire inca, il existait dans la région de nombreux sites d’importance agricole, militaire et religieuse. Nous avons donc laissé un gros sac dans notre auberge de jeunesse pour partir découvrir la vallée sacrée et ses ruines les plus importantes.

D’abord, Pisac qui a été notre premier contact avec les immenses terrasses de cultures, les constructions à flanc de montagne et un réseau de canalisations particulièrement élaboré irrigant les cultures et alimentant les villes pour une utilisation domestique.

Pisac

Une particularité que nous n’avons pas revu ailleurs: des centaines de trous creusés dans la montagne en face, qui sont en fait des tombes incas pillées.

Notre route s’est poursuivie vers Ollantaytambo, dont les ruines de la même époque (15e s, apogée de l’empire inca avant l’arrivée des espagnols) sont un peu mieux conservées. C’est là que nous avons vu les murs les plus impressionnants, composés de pierres de plusieurs dizaines de tonnes chacune, taillées de façon à s’imbriquer parfaitement. Les constructions étant comme d’habitude en hauteur et la carrière à plusieurs kilomètres de là -et en altitude-, de l’autre côté de la rivière, c’est à se demander comment les incas ont pu transporter ces pierres jusqu’ici (d’ailleurs, les historiens n’ont pas la réponse).

Ollantaytambo

Le village actuel est dans le creux de la vallée, entouré des deux côtés par ces vestiges. Là, on a goûté à la campagne électorale à la péruvienne: en plus des inscriptions sur les murs et affiches, les plus fervents sympatisants de chaque parti font le tour de la ville en voitures avec drapeaux, hauts-parleurs et musique à fond. On a un peu de mal à comprendre la stratégie de communication: on n’entend absolument aucun argument politique, juste des acclamations façon supporters (“Elvis, amigo, el pueblo está contigo!”).

elvis

D’Ollantaytambo, nous avons choisi “l’itinéraire bis” (comprendre “économique”) pour rejoindre le légendaire Machu Picchu, accessible uniquement en train ou à pied. Officiellement, les deux options sont: un treck de plusieurs jours avec un guide agréé dont le fameux “chemin de l’inca” (600$ les 4 jours), ou un trajet en train jusqu’à Aguas Calientes (à partir de 160$ A/R). Mais existe évidemment une solution pour les fauchés: 4h de colectivo (5h si le chauffeur est raisonnable…) sur une route à flanc de montagne, puis 2h30 de marche sur un sentier longeant la voie ferrée.

pont train

Le paysage est magnifique, dans une végétation luxuriante (on est aux portes de l’Amazonie). On a un aperçu du Machu Picchu en hauteur; et on croise même la faune locale:

serpent

Aguas Calientes, étape obligatoire pour tout visiteur du Machu Picchu (où l’on dort et où arrive le train), existe évidemment uniquement par le tourisme, mais on s’attendait à pire. Nous avons même réussi à trouver un logement et un restau à prix normaux (il fallait chercher un peu).

Nous mettons le réveil à 5h du matin pour être au Machu Picchu à l’ouverture, avant l’arrivée du premier train.. et avons la surprise de voir une longue file d’attente pour prendre le bus qui mène à l’entrée du site. En plus, il pleut…. Ce n’est pas ça qui va arrêter une normande. Arrivés en haut, un brouillard épais recouvre le site: on n’y voit pas à trois mètres….
Allez, hauts les coeurs! Après tout, ça donne un côté magique au lieu.

nuages

On se ballade dans les ruines magnifiquement conservées (avantage du brouillard: on ne voit pas les autres visiteurs- on a l’impression d’être seuls ☻). On retrouve ici les terrasses de culture, le réseau de canalisations -particulièrement développé avec une succession de 17 fontaines dans la ville-, et un mur de pierres géantes, cependant moins impressionnant qu’à Sacsayhuamán ou Ollantaytambo. On peut aussi admirer le Intihuatana, “poteau d’amarrage du soleil”, le seul à être encore intact car les conquistadores les ont fait détruire à travers l’empire pour empêcher le culte païen.

Pas démoralisés par le temps, nous partons vers le “pont inca”, l’un des chemins d’accès de l´époque au Machu Picchu, à une vingtaine de minutes de là. A notre retour -surprise!- le ciel s’est dégagé et on peut enfin avoir la fameuse vue sur les ruines avec la montagne Wayna Picchu en fond et les derniers habitants du lieu: les lamas (petite aparté: ils crachent vraiment, et pas que sur le capitaine Haddock!).

machu picchu

Dans l’euphorie du moment, on se dit que finalement nous allons monter sur la montagne Machu Picchu qui surplombe le site et la vallée environnante. La montée est très rude (2h d’escaliers), et nous arrivons enfin au sommet complêtement essoufflés et lessivés… Et en plus il re-pleut… Et on re-voit rien… On ne s’attardera pas, c’est l’heure pour nous de redescendre.

Ca y est, nous avons vu la “merveille du monde” de notre périple!!
[Spécial Dupont: avec le Taj Mahal et Petra, Agathe a vu les 3 sept merveilles!]

On pensait prendre le chemin du retour (les 2h au bord du chemin de fer) dans la foulée, mais après avoir passé 6h sur le site -et le petit-déjeuner étant loin-, on décide finalement de donner un répit à nos mollets et de rester une nuit de plus à Aguas Calientes.

La visite de la vallée sacrée se poursuivra le lendemain côté ouest avec la visite de Moray, centre de recherche agricole inca.

moray

La position des terrasses créant des micro-climats, elles permettaient de faire des expériences de rendement agricole pouvant s’appliquer dans tout l’empire inca.

Le site suivant, Salineras -tout aussi surprenant-, nous apprendra que les incas récoltaient également le sel (grâce à une source chaude naturellement salée et un réseau de canaux et bassins). Les salines sont encore exploitées aujourd’hui, avec quelques 3 600 bassins appartenant à plusieurs familles, selon un système de coopérative.

salineras

On avait décidé de passer notre dernière nuit avant le retour à Cusco à Chinchero, petit village agréable (selon le Lonely Planet), réputé pour son marché du dimanche où les habitants des alentours viennent faire du troc. Construit sur des ruines incas (Chinchero était le “berceau de l’arc-en-ciel”), ce petit village en adobe a finalement peu d’intérêt après notre périple dans la vallée sacrée; et le samedi soir, ce n’est pas vraiment la fête… La principale occupation est de trouver un endroit où manger. Et à 19h50: au lit!
Bref, cette étape n’était pas indispensable, même si nous avons effectivement pu assister à une petite scène de troc: fèves contre feuilles de coca; maïs contre oranges.

De retour à Cusco, nous buvons nos derniers Pisco sours, passons une journée à trier les photos et écrire cet article, et nous allons faire une lessive parce qu’après une semaine de marche à travers les ruines, il est grand temps. Comme dirait un grand homme (OK, Pierre, on te balance): “Quand tu commences à te sentir toi-même, c’est que ça fait un moment que les autres te sentent…” On est prêt maintenant pour la Bolivie!

PS: Depuis notre arrivée en Amérique du sud -particulièrement depuis le Pérou-,nous avons retrouvé certains aspects que nous n’avions pas vu depuis l’Asie: tuks-tuks klaxonnants, déchets jetés pas les fenêtres des bus, travail des enfants (surtout en tant que marchands ambulants et serveurs), métiers désuets (cireurs de chaussures, aides agricoles pour labourer au soc et récolter à la main)… Tout cela évidemment lié au développement économique du pays. On imagine que cela s’accentuera en Bolivie, mais peut-être serons-nous surpris (comme en Equateur)…